mardi 6 novembre 2012

RENCONTRE AU SOMMET A MADRID

Début octobre, au Cosmocaixa de Madrid, a eu lieu la traditionnelle rencontre des directeurs de musées scientifiques et responsables de Planetarium espagnols. Une rencontre placée, cette année, sous le signe de l'auto-réflexion et du bilan.

Entrée du Cosmocaixa de Madrid

La crise économique....encore ??

La semaine était chargée pour le centre madrilène puisqu'en plus de la rencontre des directeurs, le Cosmocaixa accueillait le III symposium de muséologie scientifique. Le choix de la simultanéité était assumé car permettait aux directeurs d'assister succèsivement aux 2 événements.
Cette année, le symposium de muséologie s’est intéressé à “l'évaluation des expositions scientifiques”.
Comment connaitre mon public ? son sentiment dans ma nouvelle expo ? pourquoi  a-t-elle ou n'a-t-elle pas fonctionné? Qu'est ce que j'ai raté? sont autant de questions auxquelles l’évaluation tente de donner une réponse.

Mais, le choix de cette thématique va plus loin et on peut y trouver un écho à la situation économique espagnole. L'austérité, qui caractérise actuellement les politiques culturelles, accroit de manière exponentielle l'importance de la justification des dépenses. La FECYT (fondation espagnole pour la science et la technologie) fait face à la multiplication des demandes de subventions et à une réduction des fonds attribués aux actions de culture scientifique (4,4M en 2009 et 3,2 M en 2012). La capacité d’évaluation des effets d’un projet sur le public devient alors un élément clé dans l’attribution des subventions.



L’évaluation: du questionnaire au crowdfunding

Quand on parle “évaluation d’une expo”, on pense aussitôt au questionnaire distribué en fin de visite avec son lot de questions et de cases à cocher. Cette pratique encore commune est en mutation.
Ainsi, le Musée des Arts Décoratifs de Madrid a fait le choix de faire participer le public du début à la fin de l’expo « fascinados por Oriente ». Dès le pré-projet, des visiteurs ont été interrogés sur leur vision de l’«Orient » pour créer un “paysage sémantique fonctionnel”. Lieux, sensations, couleurs... autant de concepts employés par le public pour décrire “leur orient” qui ont pu être utilisés pour orienter certaines décisions muséographiques. Cette rencontre directe avec le public, en amont du projet, se trouve également dans la création du Visiatome, le centre d’interprétation du nucléaire de Marcoule. Dans un lieu ou le sujet abordé est plus conflictuel, la participation prend une toute autre dimension.
“Évaluer oui! Mais à quel prix?” déclare un des participants...La situation économique et l’engagement financier pour l’évaluation restent omniprésents dans les débats.
Eusebio Bonilla, Conservador. Técnico Superior de Museos del MNCN-CSIC. Vicedirección de Exposiciones y Programas Públicos

L’émergence d’autres types de participation comme le crowdfunding peut être, pour certains, une solution. Dans un précédent billet, j’avais eu l’occasion de parler de la plateforme TARACEA de la FECYT. Un objectif simple : financer des projets de culture scientifique via micro-mécénat.

Le micro-mécénat ou crowdfunding est une forme de financement de projets ouverte à tous. Beaucoup utilisé dans le milieu culturel, il permet à de petits projets de se réaliser (disque, magazine, court-métrage...) via plateformes internet (ex: lanzanos). Tout le monde peut ainsi apporter sa pierre à l’édifice culturelle sans pour autant se ruiner. Le concept fonctionne plutôt bien mais peut-il être appliqué aux musées?

Le Muséum National d’Histoire Naturelle de Madrid (MNCN) réfléchit déjà à cette idée et pense proposer d’ici peu une série d’expositions temporaires via crowdfunding. C’est le public qui, via son don, décidera de la programmation de l’institution. Une autre manière d’intégrer l’avis du public mais au risque de voir une homogénéisation de sa programmation.
Mais une autre question se pose : peut-on vraiment envisager un don désintérresé sur ces plateformes? Les chiffres cités pendant les conférences parlent de 70% des projets culturels financés. Mais les projets réalisés via crowdfunding sont ou bien emblématiques (rachat du laboratoire de Tesla pour en faire un musée) ou bien intéressés (aider à la publication d’un livre et recevoir un exemplaire). Que pourrait offrir un musée  comme le MNCN en échange d’un don ?  





D’une réunion à l’autre

Le symposium n’était qu’une mise en bouche. L’objectif réel de la réunion était de faire, en une matinée, un bilan de l’année 2011-2012. Un grand nombre d’institutions (trop peut être) ont pu  alors se succéder pour présenter leurs projets d’avenir et leurs difficultés présentes... Entre Musées bien installés et structures récentes, ce tour d’horizon a surtout servi à montrer les limites du format actuel adopté pour la réunion des directeurs.
Comme le remarquait le directeur du tout nouveau MUNCYT de A Coruña, une vingtaine de présentations en une matinée c’est beaucoup surtout lorsque l’on se connait déjà. L’intérêt réside d’abord dans les retrouvailles plus que dans les présentations.
C’est donc fatigués qu’ils se sont rendus à la rencontre de cloture en présence de journalistes scientifiques(l’occasion pour moi de connaitre des gens de Quo et de Materia) et d’entreprises culturelles, un moment d’échanges intéressants entre “cañas” et “pinchos de tortilla”.
En définitive, cette XIV réunion des directeurs de musées et de responsables de Planetarium était un peu à l’image de la présentation réaliser par le tout nouveau Casa de la Ciencia de Séville: une grosse envie de travailler dans le présent mais un réel doute sur ce que réserve l’avenir.

Photo des différents participants à la réunion des directeurs