jeudi 15 mars 2012

Pour essayer de comprendre ce que sont les UCC+i, Alexis Brexel - le plus espagnol de nos médiateurs scientifiques – a décidé de se plonger dans le livre blanc des UCC+i publié par la FECYT tout en ayant un oeil sur l’UCC+i la plus proche de chez lui : la Fundación Seneca.



 Dans un pays où 35 % de la population se considère pas ou peu intéressée par la science (d’après l’étude « Percepción social de la ciencia y de la tecnología ») et où le Ministère de la Recherche et de l’Innovation a disparu avec l’arrivée du nouveau gouvernement, coordonner les forces en présence devient une nécessité. La FECYT (Fondation espagnole pour la culture scientifique et technique) a créé récemment une toute nouvelle plateforme : COMCIRED. Sous ce sigle se cache un projet des plus ambitieux : « communiquer la science en réseau ».
Dans un précédent article, j’avais déjà eu l’occasion de parler des réseaux gérés par la FECYT : musées des sciences, institutions locales et UCC+i (« Unidad de cultura científica » : unité de culture scientifique). L’objectif de COMCIRED est simple : une unique plateforme pour faciliter la visibilité de ces différents réseaux. Pour nous, français, la démarche espagnole est comparable à celle de l’AMCSTI : un annuaire qui compile les acteurs de la culture scientifique.
Si on jette un coup d’œil à l’annuaire français on trouvera, comme sur COMCIRED, des musées, des institutions locales mais aucun équivalent des UCC+i. Pourtant, la FECYT nous les présente comme les principaux acteurs de la diffusion et de la vulgarisation de la science… Pour essayer de comprendre ce qu’elles sont et ce qu’elles font, j’ai décidé de me plonger dans le livre blanc des UCC+i publié par la FECYT tout en ayant un oeil sur l’unité la plus proche de chez moi : la Fundación Seneca (voir une précédente interview).


Avant tout, ne nous trompons pas, les UCC+i ne sont pas les homologues espagnols des centres de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI) français. La grande majorité n’est même pas accessible au grand public. Un simple regard à la porte d’entrée de la Fundación Seneca (voir photo ci-dessus) suffit à s’en convaincre. Mais si le public n’y a pas accès, comment les considérer comme des acteurs de la vulgarisation ?

UCC+i, des médiateurs ?

La FECYT les définit comme des “médiatrices” qui connectent journalistes et scientifiques. Elles élaborent des contenus “intéressants et accessibles” pour le grand public tout en respectant le travail du chercheur. Ces contenus sont fournis aux journalistes de la presse locale, régionale et nationale qui vont pouvoir les diffuser. Un travail d’équilibriste qui s’apparente à celui d’un cabinet de presse.
Prenons un exemple : une université, possédant une UCC+i, veut communiquer sur les récents résultats d’un de ses laboratoires de recherche. Pour cela, l’unité prépare un papier accessible et attractif pour le grand public. Mais une fois rédigé l’article, sa diffusion n’est pas toujours simple. Pour faciliter ce travail, la FECYT a créé la plateforme SINC (« Servicio de información y noticias científicas ») où les UCC+i peuvent publier leurs articles. SINC est devenue rapidement une ressource pour les journalistes de la presse espagnole qui ont accès rapidement et facilement à des articles adaptés aux exigences journalistiques.
Par ailleurs, l’émission “Microciencia” réalisée avec la radio Onda regional dévoile quotidiennement le labeur de la recherche scientifique locale sous la forme de courtes interviews diffusées à des heures de forte audience. Même chose dans le supplément culturel hebdomadaire “ababol” du journal local “La Verdad” où les scientifiques régionaux sont à l’honneur.

Ce travail de diffusion de la Fundación Seneca permet une plus grande proximité avec les scientifiques mais reste relativement récent et est loin de représenter l’ensemble des activités de la Fondation. En effet, cette dernière a d’abord été conçue pour coordonner la recherche scientifique locale. Ce n’est que bien plus tard que s’est posée la question de la diffusion et de la vulgarisation des savoirs acquis. La Fundación Seneca n’est pas née UCC+i et n’est pas que UCC+i. Les choses se compliquent un peu dans le paysage de Miguel de Cervantès…

Un simple cabinet de presse ?

La lecture des premières pages du livre blanc des UCC+i aurait tendance à nous les présenter comme des acteurs, non de vulgarisation, mais de la diffusion de la science. En somme, un intermédiaire entre scientifiques et journalistes et non entre scientifiques et grand public. Mais, il s’agit du rôle qu’on leur a donné en 2007, quand la FECYT a facilité leur émergence.
À la vue des activités des UCC+i, cette définition est devenue bien trop réductrice. Le concept de UCC+i ne se réduit plus à la seule production de communiqués de presse. La mission de promotion de la science dans la société couvre désormais beaucoup plus d’activités. La dernière réunion nationale des réseaux de la FECYT en novembre 2011 à Valladolid nous l’a bien montré (lire mon Storify en espagnol “La Ciencia española en red, COMCIRED 2011”). Les UCC+i ont multiplié les cordes à leur arc. La Fundación Seneca, par exemple, organise la semaine de la science et de la technologie régionale (SECYT).
Cet événement, qui n’a pas pu se réaliser en 2011 (faute de financement), est très important pour les habitants de région de Murcia, surtout pour les enfants de 7 à 12 ans, un public qui a plus difficilement accès aux sciences. Il n’existe pas vraiment d’équivalent de “La Main à la pâte” en Espagne. Les écoles primaires n’organisent pas, comme le font certains collèges et lycées, des semaines de la science au sein de leurs établissements [ndlr : Insituto Floridablanca]. C’est pour combler ce déficit que l’UCC+i de Murcia organise des rendez-vous qui leur sont destinés comme la semaine de la science ou la nuit des chercheurs. On le voit bien, il s’agit là de missions qui vont bien au delà de la tâche première des UCC+i (la diffusion).
La Fundación organise également des rendez-vous mensuels dans la librairie Diego Marin, à quelques centaines de mètres du campus universitaire. L’objectif reste le même : sensibiliser les plus jeunes à la recherche grâce à des ateliers, des lectures ou des spectacles de marionnettes. Ce qui change, c’est le lieu et les partenaires.
Ainsi, la Fondation, comme ses homologues dans toute l’Espagne, multiplie les actions de médiation : expositions, publications, matériel pédagogique pour les professeurs, l’organisation de la semaine de la science ou de la nuit des chercheurs, projets avec des entreprises privées… À chaque fois, le but est simple : permettre aux citoyens de comprendre ce que font les scientifiques pour « accepter » que l’agent public soit dépensé pour la recherche.

En temps de crise, certaines UCC+i se tournent vers le privé

Crise oblige, beaucoup d’UCC+i ont dû faire face à de sérieux « recortes » (« coupes budgétaires » cf. un article précédent). Toutes doivent faire plus avec moins. Mais certaines administrations ont eu le courage de maintenir actives les UCC+i dont la productivité, il faut l’admettre, n’est pas immédiate.
Comme elle l’indique dans son livre blanc, la FECYT veut mieux cerner ces acteurs polyvalents de la vulgarisation scientifique tout en leur donnant une plus grande visibilité avec la plateforme COMCIRED. La tache est ardue mais indispensable. Et c’est un médiateur scientifique qui vous le dit !

article initialement publié sur Knowtex


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